jeudi 8 juin 2017

Accepter les émotions, pas si facile

Récemment j'ai appris que ma meilleure amie partait pour les 4 prochaines années dans une ville à 3h de route de chez moi pour ses études... Ça m'a fait beaucoup de peine, considérant que ça ne correspondait pas à ce que je m'étais imaginé de mes premières années avec un bébé, que ça pétait ma bulle solide.

Le soutien des gens autour de moi dans cette peine était merdique (sauf exception) : on me faisait sentir que j'étais égoïste d'avoir de la peine, que je devrais être contente pour elle, que 3h de route ce n'est pas si pire, que plein de monde le font, que je devrais pas compter sur elle...

Bref beaucoup de "correction" de comment je devrais me sentir plutôt que d'acceptation de comment je me sens.
J'avais vécu le même genre de soutien poche quand je trouvais ça dur au début le retrait préventif, alors que d'arrêter de travailler du jour au lendemain me faisait sentir inutile et déprimée.. "Tu sais pas ce que je donnerais pour avoir des vacances", "Tu devrais en profiter bientôt tu vas pu avoir de temps pour toi" ou "Pas trop dur d'etre en congé?" (Ton sarcastique). Tous des commentaires qui ajoutaient de la culpabilité à ma déprime déjà dominante.

On fait ça aussi avec les enfants "C'est correct" ou "Ça va" quand ils pleurent (quand il nous exprime que quelque chose n'est pas correct), "Arrête de pleurer", "C'est assez", "Fâche toi pas pour ça" ou "Y'a pas de quoi avoir peur", même dit avec toute l'amour du monde, ça reste que le message c'est qu'ils ont pas raison de vivre ça. Rentre aussi là-dedans toutes les distractions avec les bébés, brasser un hochet devant son visage quand il pleure ou lui donner un biscuit pour plus qu'il ait peur du gros tracteur... Je trouve ça tellement peu respectueux de leurs émotions, le même principe que quand je vais magasiner ou manger une crème glacée quand je me sens tout croche, ça me fait sentir mieux sur le coup, mais la peine est pas partie, elle est juste cachée, elle va remonter c'est sur.
Ça fait un petit bout quand même que j'ai porté une attention à ces phrases-là, à ma façon d'accompagner les enfants dans leurs émotions qui sont moins belles, celles qu'on aimerait leur éviter si on pouvait (colère, tristesse, peur). La bonne façon, celle par laquelle on se sent soutenu et entendu, c'est l'acceptation, la reformulation de ce qu'on exprime.


Avec des bébés (0-2 ans) ça ressemble à :
"Qu'est-ce que tu veux me dire? Oh oui tu veux me dire quelque chose"
"Tu veux me dire que ça te fâche? Oh oui tu le montres bien, toi tu es fâché"
"Toi tu voulais prendre le ballon, ça t'a fait de la peine"
"Je vois tes yeux qui pleurent, j'entends ta voix très fort, tu as de la peine"
"Je suis là pour toi, je t'entends, je suis là pour t'aider"
" C'est correct d'être fâché, tu peux le dire (en faisant le signe) "Fâché"
" Tu ne le connais pas le monsieur han, il s'appelle XYZ et il vient pour telle raison"
" On est jamais venu ici han, c'est le cinéma, il fait plus froid et il y a une grosse musique, je vais rester près de toi"
" Tu es tombé, tu essayais de marcher et il est arrivé un accident, je suis là pour te consoler"

Avec des enfants plus vieux (3-5 ans)
"Ça ne va pas à ton goût? Dis-moi"
"Qu'est-ce qui te dérange?"
"Qu'est-ce que tu veux me dire?"
"Je suis là pour t'aider, dis-moi"
"Qu'est-ce que je peux faire pour t'aider?"
"Y a eu un gros bruit quit t'a fait peur han, moi aussi je l'ai entendu, c'était fort"
"C'est normal d'avoir de la peine, moi aussi des fois j'ai beaucoup de peine"
"Tu as beaucoup de colère, je vais te laisser du temps pour te calmer, je suis là si tu as besoin"
"C'est pas facile pour toi"

Et tant qu'à y être pour les adultes:
"Ça va pas comme tu veux?"
"C'est sur que c'est fâchant"
"Ça doit te briser le cœur"
"Wow je te comprends"
"Ça doit être dur pour toi"
"Quelle merde"
"Peut-être que tu pourrais..."
"J'ai l'impression que..."
"Ça fait remonter tout plein de choses c'est sûr"
"Je t'envoie plein d'ondes positives"
"Tu es forte, je sais que tu vas être capable"
"Ça sera pas facile, mais j'ai confiance que tu vas être capable"
"Je vais être (suis) là pour toi"
"Ça te ferait tu du bien qu'on aille prendre un café?"
"T'es belle, t'es bonne, t'es capable"

Bon je dis pas que je suis une amie ni éducatrice parfaite loin de là, mais y'a des choses plus aidantes que d'autres, des personnes plus aidantes que d'autres... Il faut arrêter de vouloir réparer les émotions des autres, même si ça va tout contre notre instinct de maman, d'amie, de blonde...

Toutes les émotions sont valables du moment que quelqu'un quelque part les vit, c'est pas négociable ni réparable. Faut arrêter collectivement d'essayer de faire disparaitre miraculeusement les émotions qui nous rendent mal à laise, elles sont là, on s'en occupe.

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