Je m'intéresse beaucoup à la bienveillance, à l'éducation positive, au maternage. C'est une philosophie qui me parle, et que je crois l'avoir bien compris au fil de mes lectures, mes expérimentations et ma formation. Mais sur des groupes de mamans Facebook et avec des parents que je côtoie, il y a un problème assez répandu (autant par les parents qui y adhèrent que ceux qui trouvent que ça leur correspond pas), la mauvaise interprétation et compréhension du maternage, de la bienveillance. Sûrement par manque d'information, de temps pour bien lire, peut-être par manque d'education générale qui fait que les articles qui les éclaireraient ne sont pas assez vulgarisés pour qu'ils saisissent bien. Dans cette série j'explorerai plusieurs sujets qui sèment la zizanie parmi les adeptes et qui suscitent les jugements (parfois avec raison, parfois sans raison).
Les caprices n'existent pas
On lit plusieurs articles, et ils le disent clairement, mais sont mal interprétés par des mamans qui lisent vite (je suppose). C'est encore une question de mot, le mot
caprice implique une intention, de la malveillance, de la manipulation, une intention maléfique, c'est ça qui n'existe pas. Le cerveau des enfants en bas-âge n'ont pas ces capacités, ne peuvent pas avoir de désir de vengeance ou d'intention de manipuler l'adulte.
Par contre, ça ne veut pas dire que si une stratégie fonctionne pour un enfant il ne va pas la réutiliser parce qu'il est fondamentalement honnête et bon. Les enfants apprennent par action/réaction: quand je pousse la porte, elle bouge, quand j'envoie de l'air dans ma gorge, je contrôle le bruit, quand je contracte mes muscles, mes doigts bougent. Les enfants apprennent comment le monde fonctionne par essai-erreur, ce qui marche ils le reproduisent, ce qui ne marche pas (avec constance) ils l'abandonnent (c'est pourquoi on voit rarement des enfants qui poussent sur les murs en essayant de les ouvrir, mais des enfants qui poussent sur les portes! Ça oui!)
Ils arrivent dans le monde avec peu de contrôle sur quoi que ce soit et ils partent en quête de toujours plus de contrôle.
"Les caprices n'existent pas" est souvent interprétée comme : les enfants savent différencier les besoins des désirs. Par exemple : il mange que du pain, mais les enfants n'ont pas de caprices, je lui en redonne. Il fait la crise pour aller au parc avec papa plutôt que maman, mais les enfants n'ont pas de caprices alors c'est papa qui va y aller.
Les besoins et les désirs sont des pulsions extrêmement puissantes pour l'enfant, elles se confondent et ses capacités à les différencier et les contrôler vont se paufiner jusqu'à l'âge adulte. Ce serait irréaliste de demander à un enfant de 3 ans de planifier et d'organiser une routine de famille du matin, avec 2 voitures 2 parents, 2 enfants à aller reconduire. Pourtant quand l'enfant fait la crise parce qu'il veut embarquer avec papa dans la voiture rouge, on lui remettrait la décision entre ses mains et on changerait les plans? (Je l'ai déjà vu) Non les enfants n'ont pas de caprices, mais les enfants ont des envies et des moyens de les atteindre qu'ils ont testé et approuvés.
Intervention
Maintenant qu'on comprend ça et qu'on veut intervenir, il faut trouver ce qui renforce le comportement pour aider à ce que cette stratégie qui nous dérange (par exemple la crise) ne fasse plus partie de la liste des choix gagnants. Je ne suis pas fan du béhaviorisme comme stratégie d'intervention, mais force est d'admettre que ça fonctionne (au détriment de plusieurs choses, mais ça fonctionne). Je ne suggère pas d'utiliser les renforcements et les punitions pour atteindre nos buts, mais plutôt de s'attarder aux renforcements involontaires (c'est sûr qu'il y en a, sinon la stratégie aurait été mise de côté par l'enfant, au même titre que pousser les murs pour qu'ils s'ouvrent).
Quelques pistes de renforcateurs possibles
- contrôle émotif sur l'autre (suscite une réaction émotive de l'adulte, fait réagir, fait perdre patience, etc)
- moment d'attention (positive ou négative)
- réaction d'un groupe ou d'une personne (rires, réconfort, "Hoonnn", etc)
- affection
- stimuli sensoriel (bruit, mouvement, sensation, parent qui parle beaucoup)
Quand on en trouve un, on essaie de le supprimer de notre intervention,
- Intervenir sans émotion à une crise (visage neutre: "quand tu seras prêt on pourra continuer l'épicerie, je suis là près de toi, je suis là pour t'aider")
- Intervenir sans paroles (descendre l'enfant debout sur le sofa avec les mains sans parler, aller chercher un enfant fugitif par la main sans parler)
- Ignorer un enfant qui lance sa cuillère par terre, la laisser sur le plancher sans rien dire, s'il la demande on nomme simplement que c'était sa décision de la lancer par terre, maintenant c'est fini
- Garder nos interventions courtes et concises ("je vais pas te laisser me frapper" plutôt que "ça fait bobo à maman quand tu frappes j'aime pas ça, ça me fait de la peine, fais des doux-doux comme ça, on fait pas mal aux autres, non")
Article #1 :
La bienveillance vs la surprotection
Article #2 : Éviter de dire NON